Editorial / 05 fév, 2018
Santé, climat et petits États insulaires

par Patricia Espinosa et Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus

Lorsque les gens parlent de changement climatique, ils utilisent souvent le mot « en hausse » pour décrire l'impact environnemental. Hausse des températures. Hausse du niveau de la mer. Hausse des émissions de combustibles fossiles. Le problème avec cette description, c’est qu'elle fait l’impasse sur les populations et les répercussions profondes que le changement climatique peut avoir sur eux et leur santé.

Arnold Schwarzenegger a déclaré lors de la conférence des Parties des Nations Unies sur les changements climatiques (COP23) qui s’est tenue à Bonn, en novembre 2017: « Je veux que les Nations Unies et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) mettent en place une règle selon laquelle personne n'est autorisé parler du changement climatique sans parler de santé. »

Le changement climatique est beaucoup plus qu'un problème environnemental. Il met en péril notre santé et notre survie. Cela nous concerne tous, où que nous vivions.

La santé de l'Humanité est directement liée à la santé de notre environnement. Nous dépendons de lui pour tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons: l'air que nous respirons, la nourriture que nous mangeons et l'eau que nous buvons.

Le changement climatique augmente les risques d'événements météorologiques extrêmes qui portent atteinte à nos vies et à nos moyens de subsistance. Il facilite la propagation de maladies infectieuses telles que le paludisme, la dengue et le choléra; il augmente également le risque de maladies non transmissibles en polluant l'air, la nourriture et l'eau, indispensables à la vie.

Le changement climatique n'est pas un scénario futuriste qui ne se produira pas de notre vivant. Les gens en subissent actuellement les conséquences dans de nombreuses parties du monde. Une vague de chaleur survenue à l'été 2003 en Europe a fait plus de 30 000 morts et a été considérée comme la pire catastrophe naturelle en Europe au cours des 50 dernières années. La saison des ouragans de 2017 dans l'Atlantique a causé des niveaux de destruction sans précédent dans les Caraïbes. L'ouragan Irma été le plus puissant jamais enregistré au-dessus de l'Atlantique. Quelques semaines plus tard, les ouragans José et Maria ont menacé des zones déjà dévastées par Irma.

D'ici 2030, le changement climatique devrait coûter entre 2 et 4 milliards de dollars en frais de santé directs, chaque année.

Malheureusement, ceux qui contribuent le moins aux causes du changement climatique en subissent les conséquences les plus graves. Les personnes vivant sur les petites îles sont en première ligne.

Les petits États insulaires en développement (PEID), où vivent environ 65 millions de personnes, sont depuis longtemps reconnus comme particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques. Leur situation a été mise en évidence dans la Convention-cadre de l’ONU Changements climatiques, par les ministres de la Santé lors de l'Assemblée mondiale de la Santé de 2008 et dans l'Accord de Paris de 2015.

Lors de la COP23, en partenariat avec la présidence fidjienne, l'OMS et le Secrétariat de l’ONU Changements climatiques ont lancé une initiative spéciale pour protéger les populations vivant dans les PEID contre les effets du changement climatique sur la santé.

L'initiative a quatre objectifs principaux à atteindre d'ici 2030, en accord avec la date limite des Objectifs de développement durable. Premièrement, soutenir les responsables en charge de la santé dans les petits États insulaires en développement en attirant davantage l'attention sur les menaces auxquelles ces pays sont confrontés. Deuxièmement, rassembler des preuves pour étayer l'analyse de rentabilité des investissements dans les secteurs qui luttent contre les effets du changement climatique sur la santé. Troisièmement, se préparer aux risques climatiques à travers des politiques de planification et de prévention, et construire des systèmes de santé à l'épreuve du climat. Quatrièmement, tripler le soutien financier actuel pour le climat et la santé dans les PEID. Malgré des années de discussions, la réponse internationale reste faible. Moins de 1,5% du financement international pour l'adaptation au changement climatique est alloué à des projets de santé, et les petits États insulaires en développement ne reçoivent qu'une fraction de ces ressources.

De nombreux petits États insulaires sont des pionniers dans le développement d'approches novatrices pour améliorer la résilience de leurs systèmes de santé face au changement climatique. Par exemple, la Barbade construit des installations sanitaires résistantes aux cyclones et l'utilisation de l'énergie solaire pour alimenter les services médicaux.

Mais il ne suffit pas de demander simplement à ces communautés de s'adapter. Nous devons également agir sur les causes du changement climatique. À moins que les pays n'appliquent pleinement l'Accord de Paris, le changement climatique va de plus en plus menacer la santé et le bien-être des populations, partout dans le monde.

Plus de 90% de la population mondiale vit dans des endroits où la qualité de l'air ne répond pas aux normes de l'OMS. En effet, la pollution de l'air cause environ 6,5 millions de décès prématurés chaque année et est responsable de 1 décès sur 3 causés par le cancer du poumon, les accidents vasculaires cérébraux et les maladies respiratoires obstructives chroniques.

S'attaquer au changement climatique présente une opportunité sans précédent pour améliorer la santé, et pas seulement pour les personnes vivant sur de petites îles. Si les pays responsables des émissions de carbone les plus élevées prennent des mesures pour respecter les engagements de l'Accord de Paris, cela aurait rapidement des avantages non négligeables pour la santé des personnes vivant dans les pays industrialisés. Par exemple, une augmentation de 7% des investissements dans l'énergie propre pour la période 2012-2040 pourrait prévenir 1,7 million de décès prématurés dus à la pollution de l'air extérieur et 1,6 million de décès dus à la pollution domestique.

Notre espoir est que, d'ici 2030, tous les systèmes de santé dans les petits États insulaires soient en mesure de résister au changement climatique et que tous les pays auront considérablement réduit leurs émissions de carbone.

Patricia Espinosa est la Secrétaire exécutive du Secrétariat de l’ONU Changements climatiques, à Bonn, en Allemagne. Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus est le Directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé, située à Genève, en Suisse.