Article / 10 jan, 2018
La Désoxygénation de l'océan menace la vie marine

Un nouvel article publié dans le magazine Science montre que les concentrations d'oxygène dans l'eau de mer sont en baisse, notamment en raison du changement climatique. Cette désoxygénation constitue une grave menace pour la vie marine et pour tous les bénéfices que l’homme tire des écosystèmes marins.

L'étude, rédigée par un réseau de scientifiques à l'initiative des Nations Unies, met également en lumière l'importance de lutter à la fois contre le changement climatique et contre la pollution par les nutriments pour stopper l'expansion des zones à faible teneur en oxygène qui se répandent dans le monde entier. 

« L'oxygène est essentiel à la vie dans les océans », a déclaré Denise Breitburg, auteure principale et écologiste marine au Smithsonian Environmental Research Center. « Le déclin de l'oxygène océanique est l'un des effets les plus graves des activités humaines sur l'environnement. »

L'étude indique que la teneur en oxygène des eaux de haute mer et des eaux côtières diminue depuis au moins 50 ans, en grande partie à cause des activités humaines qui ont augmenté les températures mondiales et les quantités de nutriments rejetés dans les eaux côtières.

Par exemple, la proportion de zones de haute mer dépourvues de tout oxygène a plus que quadruplé au cours des 50 dernières années tandis que les sites à faible teneur en oxygène situés près des côtes, y compris les estuaires et les mers, ont été multipliés par 10 depuis 1950. Avec la hausse des températures, la teneur en oxygène de l'océan devrait encore diminuer, ce qui menacerait la biodiversité et entraînerait un retard de croissance, des maladies, l'asphyxie et la mort de nombreux animaux.

L'étude - menée par une équipe de scientifiques du Global Ocean Oxygen Network (GO2NE), un nouveau groupe de travail créé en 2016 par la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO - met en lumière les plus grands dangers menaçant l’océan et les communautés côtières, et les actions à mettre en œuvre pour préserver la santé et la productivité des eaux de la Terre.

Il est impératif de s'attaquer aux causes multiples de la disparition de l'oxygène dans les océans du monde entier

Le changement climatique est le principal responsable. En raison de la hausse des températures, le réchauffement des eaux de surface empêche l'oxygène d'atteindre les profondeurs de l'océan. Au fur et à mesure que l'océan se réchauffe, il retient moins d'oxygène. Dans les eaux côtières, la pollution par les nutriments provenant des terres crée des proliférations d'algues qui consomment une grande quantité d'oxygène lorsqu'elles meurent et se décomposent.  Mais d'autres causes doivent être traitées en même temps que la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour faire face aux faibles teneurs en oxygène, les scientifiques estiment que le monde doit adopter une approche tenant en trois points:

  • S'attaquer aux causes: la pollution par les nutriments et le changement climatique. Bien qu'aucune des deux questions ne soit simple ou facile, les mesures nécessaires pour s'attaquer au problème peuvent être bénéfiques pour les populations comme pour l'environnement. De meilleurs systèmes septiques et d’assainissement peuvent protéger la santé humaine et éviter la pollution de l'eau. Diminuer les émissions de combustibles fossiles réduit non seulement les gaz à effet de serre et lutte contre le changement climatique, mais atténue aussi les polluants atmosphériques dangereux comme le mercure.
  • Protéger la vie marine vulnérable. Bien que l’augmentation du nombre de zones à faible teneur en oxygène semble inévitable dans certaines régions, il est crucial de protéger les pêcheries à risque de facteurs de stress supplémentaires. Selon l'équipe de GO2NE, cela pourrait se traduire par la création d'aires marines protégées ou de zones de pêche interdite précisément là où la faune se réfugie pour échapper à la baisse d'oxygène de son habitat d’origine, ou bien pêcher des espèces qui ne sont pas menacées par la désoxygénation.
  • Améliorer la surveillance des teneurs en oxygène à travers le monde. Les scientifiques savent à peu près quelle quantité d’oxygène l’océan pourrait perdre à l’avenir, mais pas où ces zones de désoxygénation se situeront exactement. Une surveillance accrue, en particulier dans les pays en développement, et le développement de modèles numériques, aideront à déterminer les points géographiques les plus à risque, et à identifier les solutions les plus efficaces.

Ce que l'ONU fait pour faire face au problème

L'objectif 14 des Nations Unies pour le développement durable vise à « conserver et utiliser de manière durable les océans, les mers et les ressources marines pour le développement durable. »

Grâce à un large éventail d'initiatives, l'Organisation des Nations Unies dirige les efforts déployés à l'échelle mondiale pour intensifier la coopération en vue de sauvegarder les océans du monde. Fin 2017, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution visant à convoquer des négociations en vue de conclure un traité international qui protégerait les milieux marins en haute mer.

Lors de l'Assemblée des Nations Unies sur l'Environnement à Nairobi (Kenya), en décembre 2017, les délégués de l'ONU ont approuvé une résolution visant à éliminer la pollution engendrée par le plastique dans les océans. Entre autres mesures, l'accord prévoit également la création d'un groupe de travail international qui conseillera les pays sur les moyens de lutter contre la pollution marine.

La présidence fidjienne de la COP23 a également lancé une initiative océanique intitulée « The Ocean Pathway » afin d'améliorer la santé des océans et de protéger les écosystèmes océaniques essentiels menacés par le dérèglement climatique, lors de la Conférence annuelle des Nations Unies sur le changement climatique qui s'est tenue à Bonn (Allemagne) en novembre 2017.

Et l'ONU a accueilli la Conférence de haut niveau sur les Océans en juin 2017 afin de mobiliser les efforts pour inverser le déclin de la santé de notre océan pour les populations, la planète et leur bien-être. 

Pour en savoir plus, lisez le communiqué de presse du Smithsonian Environmental Research Center en cliquant ici ou du CNRS en français.