Étude / 10 jan, 2018
L’objectif de 1,5°C de l’Accord de Paris, crucial pour protéger les communautés de la montée des eaux

Une étude réalisée par des scientifiques des Universités américaines de Tufts et Rutgers et de l'Institut Potsdam pour la recherche sur l'impact climatique situé en Allemagne, prévoit que l'objectif visant à réduire l'augmentation de la température moyenne mondiale dans le cadre de l'Accord de Paris sur le changement climatique, pourrait sauver les communautés côtières et les écosystèmes des conséquences les plus désastreuses des variations du niveau de la mer à l’échelle planétaire. Elle montre également que même si l'on atteint les objectifs de l’Accord de Paris, ce niveau augmentera considérablement.

L'Accord de Paris de 2015 sur le changement climatique a pour ambition de maintenir l'augmentation de la température moyenne de la planète bien en deçà de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et aussi proche que possible de 1,5°C.

Les travaux de recherche prévoient qu’un réchauffement mondial de plus de 2 °C entraînera non seulement des phénomènes météorologiques extrêmes - inondations, incendies, glissements de terrain et ouragans - mais aussi des variations catastrophiques du niveau de la mer, une perte d'écosystèmes et des migrations de masse. Au fur et à mesure que les températures augmentent, le niveau des eaux monte et affecte directement les zones côtières.

Les chercheurs ont découvert que stabiliser l'augmentation de la température mondiale à 1,5 °C d'ici 2150 - ce qui nécessiterait une réduction plus rapide des émissions de carbone que l'objectif des 2 °C - réduirait considérablement l'impact de l'élévation du niveau de la mer; la moyenne mondiale en 2150 serait d'environ 7 pouces - soit 17,7 centimètres - de moins que sous une hausse de 2 °C.

L'auteur principal de l'étude, Klaus Bittermann, un étudiant postdoctoral du Département des sciences de la Terre et de l'Océan, affirme que la différence de 0,5 °C pourrait être une question de vie ou de mort car les écosystèmes et les populations seront submergés par les inondations dues aux marées et autres modifications écologiques : « Par exemple, les marais salants et les mangroves peuvent être noyés si le taux local d'élévation relative du niveau de la mer dépasse leur capacité écologique à s'adapter ».

« Certains diront qu'il n'y aura pas d’écart significatif entre les deux cibles et que nous devrions donc viser la cible supérieure [ 2 °C, ndlr ], parce que ça sera plus facile », poursuit Bittermann. Mais les conclusions remettent ce concept en question. « Car ces différences s'avèrent être importantes », a-t-il dit.

Bittermann a mené ses travaux de modélisation avec Andrew Kemp, professeur adjoint au Département des sciences de la Terre et de l'Océan à Tufts, des collègues de l'Institut Potsdam et de l'Université Rutgers. Il a déclaré que le fait de mettre en lumière les différences entre les deux objectifs contribue à la multiplication des preuves que les pays devraient intensifier leurs efforts pour réduire les émissions de carbone et protéger l'avenir de la planète.

M. Bittermann a ajouté que l'article, publié dans la revue Environmental Research Letters, figurera dans le rapport spécial 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat qui regroupera la littérature actuelle.

« Je pense que ce rapport spécial sera une contribution importante au discours public (…) Il informera également les décideurs politiques sur ce que ces objectifs de l’Accord de Paris signifient réellement d'un point de vue physique et économique. Pour ceux qui veulent savoir quelle est la différence par rapport au niveau de la mer si l'on abaisse la température de seulement 0,5 °C, je pense que notre document fournit une réponse très claire, et je suis convaincu que cela vaut la peine que l’on se batte pour cette différence. »

Pour en savoir plus, visitez le site de l'Université Tufts.

Vous pouvez télécharger l'étude ici.